Nous venons de récapituler les événements qui ont graduellement réduit à l'inaction la marine marchande du Gouvernement canadien après la première guerre mondiale et la vente de ses derniers navires en 1936. Toutefois, elle avait encore sa Charte et, en 1940, il lui fut permis d'exploiter les navires pris à l'ennemi ou condamnés par une Cour des prises afin qu'ils rendent service au Gouvernement du Canada, ce qui fut fait dans certains cas. Toutefois, l'apport principal du Canada à la cause des Alliés a consisté dans la construction de vaisseaux qu'il a vendus à la Grande-Bretagne et aux États-Unis et de navires qu'il a exploités sous le pavillon national. Un organisme gouvernemental, « Wartime Merchant Shipping Ltd. » (Marine marchande en temps de guerre Ltée.), a coordonné les travaux de construction navale des grandes sociétés canadiennes qui ont produit 456 bâtiments, d'un port en lourd d'environ quatre millions de tonneaux. De plus, on a fourni près de 300 vaisseaux à la Marine de guerre.
Les premiers navires construits pour la Grande-Bretagne ont été du genre « North Sands » conçus par J. L. Thomson & Sons de Sunderland, Angleterre. C'étaient des cargos d'un port en lourd de près de 10,000 tonneaux. Certains étaient plus perfectionnés, mais tous s'appelaient Fort, suivi d'un nom historique du Canada. Les États-Unis en ont acheté quelques-uns pour les mettre à la disposition de la Grande-Bretagne aux termes de la Loi du Prêt-Ball.

Neuf personnes perdent la vie lorsque le Point Pleasant Park est coulé par l'ennemi, en 1945, et les survivants passent dix jours dans les canots de sauvetage. Cette photographie a été prise par le capitaine Paul W. Tooke, de la Garde côtière canadienne, alors officier sur le Point Pleasant Park.
Après cette contribution initiale, le gouvernement canadien a participé directement au transport de l'équipement militaire sur les lignes de combat. À cet effet, il avait établi en 1942 la « Park Steamship Co. », société de la Couronne. Elle attribuait des navires aux compagnies de messageries maritimes, qui les dirigeaient vers les zones militaires. Cette Société ne ressemblait dons pas à la marine marchande du Gouvernement canadien qui assumait la gestion et l'armement de ses navires. À une certain époque, la « Park Steamship Co. » s'occupait de 176 navires, représentant un investissements d'environ 270 millions de dollars. Chacun d'eux portait le nom d'un parc national, provincial ou municipal. Plusieurs avaient un port en lourd de 10,000 tonneaux et certains de 4,700; on comptait aussi quelques bateaux-citernes. Les navires de 10,000 tonneaux ressemblaient au type North Sands avec certaines différences comme le genre Canadien ou Victory. Par la suite, quelques-uns ont été baptisés Fort...

Le CCGS C.P. Edwards
Plus tard, la Commission des biens de guerre allait graduellement vendre cette flotte. En 1948, elle remettait les derniers navires à la Commission maritime canadienne. Les cadres restants furent libérés en 1950.
Vers la fin de la guerre lorsque les efforts alliés se sont concentrés sur le Japon, les chantiers de construction navale au Canada ont reçu de la Grande-Bretagne des commandes de caboteurs qui devaient servir en Extrême-Orient. Tous n'étaient pas construits à la fin de la guerre, mais furent lancée avant d'être vendus, quelques-uns à des maisons canadiennes. Depuis lors, un de ces caboteurs est devenu de releveur de bouées C. P. Edwards.
Sur les 456 navires de tous genres, mis en service sous divers pavillons dans les zones militaires, 50 ou 60 ont été coulés par l'ennemi et quelques autres perdus en mer. La « Park Steam Co. » compte quatre bâtiments torpillés et deux avariés. Si les pertes avaient été lourdes, on ne peut sous-estimer l'effort prodigieux fourni par tout le monde et qui témoignait, s'il en avait été besoin, que le Canada avait réussi à se transformer en puissance essentiellement industrielle. Les armateurs avaient employé 57,000 personnes sur leurs navires marchands et 28,000 dans des chantiers de construction. Après la guerre, pourtant, cette expérience considérable, acquise tant dans le domaine de la navigation que dans celui de la construction, ne servirait pas à grand chose.