La quille étant posée au chantier à Victoria en 1864 et lancé au début de janvier de l'année suivante, le Sir James Douglas était un petit vaisseau de bois de 116 pieds de long, construit en pin sur une charpente de chêne. Selon la pratique courante de l'époque, il était doublé de cuivre afin de le protéger contre les vers. La chaudière type tubulaire trois foyers, avait été construite sur place, mais les ressources de la jeune colonie pouvaient difficilement suffire à la fabrication de la machine. Importée d'Angleterre, elle comportait deux cylindres disposées en diagonale et donnait l'impression, en petit, des machines de Napier, moins l'engrenage.
Quand le projet de dragage du port de Victoria fut abandonné faute d'argent, l'humble naissance du Douglas ne l'empêcha pas de faire son chemin dans la vie. Il fut employé par le Gouvernement de la colonie au transport des passagers entre Victoria et Comox, avec escale à Nanaïmo. Il pouvait prendre à son bord de quinze à vingt passagers, sans toutefois pouvoir les loger. D'après les normes de ce temps, c'était un bateau très maniable.
« ... assez bon marin, qui file bien et qui a été construit de façon consciencieuse par l'entrepreneur. »

Le CGS Sir James Douglas
Construit à Victoria en 1864 ce fut le premier baliseur sur la côte du
Pacifique.
(Archives de la Colombie-Britannique)
Dans ce rôle, le Douglas devint très populaire, en partie grâce à ses premiers officiers qui dans les premiers temps de la colonisation de la côte du Pacifique, jouaient un rôle très important dans les communications de la colonie. Le capitaine William Clarke était venu en Colombie-Britannique comme canonnier du HMS Forward et, ayant atteint la fin de son engagement, s'était fort libéré sur place, à Esquimalt. Le premier chef-mécanicien, M. William A. Steele, était de Dundee et devait par la suite travailler, à diverses reprises, sur la plupart des vapeurs bien connus de la côte du Pacifique, notamment le Beaver de la compagnie de la Baie d'Hudson, reconnu pour son travail hydrographique. M. Edward Quenell sortait également de la marine de guerre. Il allait demeurer au service du Douglas pendant plusieurs années. Tous étaient des hommes de volonté et d'une grande capacité qui, par la suite, devaient accéder à des postes éminents. Quenell serait même maire de Nanaïmo en 1894.
En 1883, le Douglas fut rallongé d'environ vingt pieds. Une telle opération qui n'a rien d'inusité, même de nos jours, augmente souvent la capacité de transport du bateau tout en lui insufflant un peu plus de vitesse pour la même dépense d'énergie, ou bien réduit la consommation de combustible sans diminuer la vitesse. En l'occurrence, le greffage réussit très bien comme en fait foi le texte suivant :
« ...sa vitesse est passée de 8 ou 8 ½ à 10 ou 10 noeuds et demi, tout en consommant une plus petite quantité de combustible qu'auparavant. L'agent rapporte que le Douglas est maintenant en bon état et qu'il durera de 8 à 9 ans. »
Amélioré de la sorte, le Sir James Douglas, qu'on avait à ce moment dispensé de transporter des passagers, était devenu la bête de somme de la côte de l'Ouest, jusqu'à l'arrivée du Quadra en 1892. Il était continuellement occupé par le travail de réapprovisionnement ou de construction de phares; il posait des câbles pour le Pacifique-Canadien; effectuait le travail hydrographique pour le gouvernement de la Colombie-Britannique; ou transportait des groupes d'inspecteurs à l'occasion d'une foule de visites officielles. Selon les documents :
« Le nombre habituel d'officiers et d'hommes à bord du Sir James Douglas était de douze, et le coût d'approvisionnement de bateau était de 53 cents par jour par homme. »
Mais les chaudières commençaient à donner des signes de fatigue, et quand arriva le nouveau bateau, le Douglas fut désarmé et mis en réserve. Mis en vente plus tard, il ne trouva point d'acheteur. Il convient de signaler qu'en 1897 le chef-mécanicien du Quadra, M. Grant, qui avait repeint et passé la machine au blanc de plomb. On soupçonne que ce fut un travail à titre gracieux.
La fin survint en 1899 :
« Le vapeur n'a pas servi depuis sept ans, et à quelques reprises on a tenté de le vendre. Au mois d'octobre de l'année courante, on a provoqué des offres publiques, et l'offre la plus haute qu'on ait reçue est venue de M. R. Windleman : $1, 292.50. »
On en peut que s'étonner de ce bizarre cinquante cents, mais l'offre fut acceptée, et le Douglas quitte pour toujours le ministère de la Marine et des Pêcheries.