Avec le développement des bouées lumineuses dans la division de Montréal à Kingston, secteur d'activité qui relevait depuis 1903 de la Marine et des Pêcheries, il devient nécessaire de créer un dépôt de réparations et d'entretien dans la région. On avait utilisé des bâtiments temporaires à Morrisburg l'année précédente, mais ne novembre 1903 le ministère établit une base permanente en achetant les terrains et bâtiments de la Brasserie Labatt à Prescott et en faisant le Dépôt des phares du Dominion. C'est là que devaient être fabriqués les mécanismes spéciaux pour tous les feux au Canada, et conduis les essais qui permettraient de moderniser continuellement le service. C'est là également que pour la première fois la Marine et les Pêcheries instituèrent une Agence maritime pour les Grands Lacs.

Le CCGS Greenville charge des bouées, dans la voie maritime, à l'ouverture de la saison de navigation.
La création du Dépôt des phares à facilité de nombreux changements dans le domaine de la mise au point technique, évolution devenue manifeste à la fin de la première décennie de notre siècle. Les vieux dispositifs catoptriques ou réfléchissants, tant admirés dans les années soixante-dix ou quatre-vingt, commencèrent à être remplacés par un système plus moderne qui utilisait les lentilles dioptriques, de même que les réflecteurs, pour les feux à occultations et les feux scintillants. Ces mécanismes optiques, mis au point en grande partie par le grand ingénieur français Augustin Fresnel, étaient utilisés depuis de nombreuses années dans les phares européens, mais ils étaient coûteux; l'introduction d'un matériel compliqué ne faisait donc que commencer à changer la vieille idée que nous employions seulement des « ... appareils simples et de maniement facile ».
L'un des dispositifs les plus intéressants était le diaphone. C'est à peu près à cette époque, en effet, que l'on délaissa la vieille sirène à vapeur qui avec sa chaudière et son lourd mécanisme avait éveillé l'intérêt des membres du Comité de la Trinity House alors qu'ils faisaient le tour du bateau-phare Manicouagan et que se généralisa l'emploi de mécanismes de signalisation sonore plus efficaces. Le diaphone , instrument à air comprimé encore très utilisé, fut inventé au Canada vers 1903 par le professeur J. P. Northey de l'université de Toronto et adopté peu de temps après par le ministère.
De nombreux dispositifs de signalisation par le son étant alors à l'essai, le signal à air comprimé, fonctionnait à l'électricité n'eut pas trop de succès au début :
« Un signal électrique a été installé en juillet 1902 au cap Croker dans la baie Géorgienne. C'est l'invention d'un Canadien, et un signal analogue est utilisé depuis en certain temps dans le port de Victoria (C.-B.) où l'on emploie le courant de la ville. Au cap Croker, l'installation n'a pu donner satisfaction, le son produit étant relativement faible ».
C'est de ces débuts peu encourageants qu'est né le diaphone, sirène dont chaque coup se termine par une note descendante particulière, bien connu des estivants de la côte. Dans ce domaine technique spécialisé, inconnu du public en général mais d'une grande importance pour les navigateurs, l'invention du diaphone de Northey, comme celle de la sirène à vapeur de Robert Foulis, marque une étape majeure dans les annales de la science des aides à la navigation. Ces deux systèmes ont été inventés à une époque où le Canada n'était pas encore une nation industrielle, sans manquer toutefois d'esprits scientifiques et techniques entreprenants.
Avant la mise au point du radar et de la technologie électronique, le brouillard était évidemment pour la navigation un danger beaucoup plus grand qu'il ne l'est aujourd'hui. On s'efforçait constamment de trouver en dispositif acoustique afin de palier à ce danger. Les bateaux-phares, élément important du trafic maritime, se prêtaient particulièrement bien à la signalisation par le son, étant généralement libres des échos de la terre. Alors que le diaphone jouait le rôle de signal sonore efficace dans l'air, les savants étaient à la recherche d'un moyen de signalisation sous l'eau. Des dispositifs acoustiques actionnés indirectement par la mer, bouées à cloche ou à sifflet, par exemple, étaient utilisés couramment depuis de nombreuses années lorsqu'en 1905 le ministère s'intéressa à la signalisation sous-marine.
La cloche de signalisation sous-marine, invention américaine, avait été installée avec un certain succès dans le bateau-phare de Boston et en d'autres endroits. Elle avait fait l'objet d'un rapport favorable de la part du Commissaire des phares, M. J. F. Fraser, et du Commandant du Service de la marine, O. G. V. Spain, qui fit l'observation suivante :
« Dans la chambre des cartes... , j'ai personnellement entendu la cloche sous-marine du bateau-phare à une distance de six milles. Le son était parfaitement audible, et je n'ai en aucun mal à déterminer la position par rapport au navire à cette distance. »
Ces témoignages enthousiastes étaient peut-être naturels à une époque où l'on trouvait encore merveilleuses de simples expériences scientifiques et où on aurait jugé purement magique le fait de pouvoir déterminer la position avec exactitude par des moyens électroniques, même si cette possibilité avait pu être envisagée. Le dispositif fut installé dans un certain nombre de bateaux-phares et dans diverses stations au Canada, et certains navires furent munis d'appareils de réception, sans quoi l'émetteur aurait été relativement inutile. Évitant plus ou moins à l'aveuglette les écueils de la côte brumeuse du Canada, la navigation ne fit qu'un usage hésitant de la cloche de signalisation sous-marine. Aucune amélioration sensible ne devait se produire avant l'avènement de la radiogoniométrie et du radar.