Parmi les nombreuses questions d'ordre administratif dont s'occupait le ministère de la Marine et des Pêcheries, il lui arrivait quelquefois de rencontrer des questions de compétence internationale. D'ordinaire, il s'agissait d'étudier des sujets d'ordre technique qui n'intéressait au premier chef que le monde de la navigation. Mais à l'occasion, il survenait une affaire d'une plus grande portée.
En 1923, le ministre de la Marine et des Pêcheries prit part à un événement d'une grande importance constitutionnelle. L'honorable Ernest Lapointe, ministre de 1921 à 1924, signait un traité conclu entre les États-Unis et le Canada sur la question de la pêche au flétan. Bien que le traité comme tel ne fut pas de nature à ébranler les chancelleries de par le monde, le mode de signature était un nouveau pas dans notre marche vers la souveraineté nationale.
Jusqu'ici, aucun Dominion n'avait réclamé l'indépendance diplomatique en matière d'affaires étrangères et la pratique voulait qu'à la conclusion des négociations le fondé de pouvoir britannique apposât sa signature à titre de plénipotentiaire du monarque. En l'occurrence, le ministre se rendit à Washington muni des pleins pouvoirs d'agir au nom du Roi. Pour la première fois, un Canadien apposait sa signature en qualité de représentant du monarque sur un traité avec un pays étranger. À partir de ce moment, l'autonomie diplomatique du Canada s'établit graduellement et aboutit à l'échange de hauts commissaires en 1928, pas logique et décisif dans les relations entre le Canada et la Grande-Bretagne.