Pêches et Océans Canada, Garde Côtière Canadienne | Fisheries and Oceans Canada, Canadian Coast Guard
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USQUE AD MARE
Historique de la Garde côtière canadienne et des Services de la Marine
par Thomas E. Appleton

Météorologie

Aux services dispensés à la navigation à l'aide de l'hydrographie et des communications, il faut maintenant ajouter les prévisions atmosphériques. En 1872, l'honorable Peter Mitchell, le premier ministre, faisant observer dans son rapport annuel que :

« Il y a quelque temps, le professeur Kingston, directeur de l'Observatoire magnétique de Toronto, grand enthousiaste de l'étude de la météorologie et homme d'un grande connaissance scientifique, attirait vivement mon attention sur la question de la météorologie. Il souligna l'utilité de prendre les mesures nécessaires pour obtenir, des observatoires sous la direction de mon ministère et des gardiens de phare à des endroits éloignés, tels que l'Île au Sable, le Rocher aux Oiseaux et d'autres endroits découverts, tant sur le littoral qu'à des stations de phares sur des lacs à l'intérieur du pays, un rapport à des heures fixes sur les conditions atmosphériques, les pluies, les vents, etc., et de le lui faire parvenir en vue de la mise sur pied d'un système complet de renseignements météorologiques qui seraient ensuite transmis (...) aux organismes commerciaux et maritimes du pays. »

À l'époque, le ministère avait la direction de deux observatoires, un à Québec et l'autre à Saint-Jean (N.-B.), qui étaient sous la surveillance respective du commandant Ashe de la Marine royale et de M. Hutchinson. À chacun, au moyen d'une sphère qu'on laissait tomber d'un mât très élevé, on donnait un signal horaire quotidien d'après les vaisseaux dans le port pouvaient régler leurs horloges de bord. Ces observations s'intéressaient naturellement à la météorologie, ainsi qu'un troisième semblable aux deux premiers, situé celui-là à Montréal, mais qui n'était pas sous la direction du ministère, et dont le directeur était le docteur Smallwood, « ... un grand passionné de cette science ». Installé dans un endroit près de l'ancien Bureau de la douane, le Dr. Smallwood ne s'occupait pas d'un boule horaire pour la navigation, mais il donnait l'heure exacte pour le canon de signal à Ottawa qui, sous l'autorité du ministère des Postes, réglait l'heure officielle dans la capitale. À Ottawa, à midi tapant, on peut toujours entendre le bruit sourd et lointain du canon qui, depuis la Pointe Nepean, annonce sans relâche depuis lors l'infaillibilité de l'heure du gouvernement. On aimerait également que ce coup de canon rappelle les services que le professeur Kingston et ses collègues ont rendus, spontanément et, la plupart du temps, sans espoir de rémunération, pour l'avancement d'une science qui leur était chère.

L'accumulation quotidienne de données sur les conditions atmosphériques avait d'abord vu le jour à l'observatoire de Toronto vers 1840 quand, suivant les conseils de la Société royale, le Gouvernement britannique avait mis sur pied un poste composé de deux officiers du Génie. En 1853, l'observatoire passait au gouvernement du Canada-Uni, par suite d'une étude que le professeur G.T. Kingston, grâce à l'aide généreuse d'organisations privées, avait faite des systèmes météorologiques des États-Unis et de la Grande-Bretagne et des méthodes à partir desquelles, tant aux États-Unis qu'en Grande-Bretagne, les débuts d'un service de prévisions scientifiques commençaient déjà à se manifester. Se rendant compte que la grande superficie du Canada offrait une occasion exceptionnelle d'enregistrer simultanément une foule de données sur les conditions atmosphériques, sa proposition à l'endroit du ministère supposait des observations déjà existants et le recours à d'autres organisations de caractère scientifique, ainsi que la mise en place de stations satellites réparties d'un océan à l'autre, occupés par des observateurs bénévoles. Tout cela devrait permettre d'accumuler des renseignements d'une façon systématique.

Le ministère de la Marine et des Pêcheries obtint du Parlement un crédit de $5000 à ce titre, grâce à quoi il fut possible de mettre en place sept « stations principales » et cent cinquante « stations ordinaires » un peu partout au Canada. Il est vrai que cette première tranche de crédits n'intéressait que l'achat des livres et de la papeterie requis pour le début de ces opérations sur le plan national, les observations étant faites par des bénévoles venus de toutes les classes de la société, des campagnes comme des régions plus isolées, aux confins de la civilisation. On y trouvait des ecclésiastiques, des officiers en retraite, des marchands, des instituteurs, des religieux, des pêcheurs, des gardiens de phare et nombre d'autres qui, ayant une curiosité scientifique naturelle et des méthodes de travail systématique, se mirent à tracer les limites de notre climat remarquable. C'était là une façon de concevoir la fonction publique qui survit encore aujourd'hui.

Dès 1887, le Service de la météorologie était bien établi d'après les recommandations du professeur Kingston. Un des plus grands problèmes était celui de la rapidité des communications, sans lesquelles il était à peu près impossible de transmettre les bulletins météorologiques. Dès le début, on s'était beaucoup servi du télégraphe, là où c'était possible, et avec l'achèvement du télégraphe, transcontinental du Pacifique-Canadien en 1887, il devint possible d'obtenir des renseignements rapides sur les changements atmosphériques se produisant dans l'ouest.

On commença à donner des alertes de tempêtes régulièrement, non seulement pour les localités du bord de la mer mais également pour celles de l'intérieur. À ce sujet, un rapport disait que :

« ... la façon de fournir des renseignements météorologiques (...) en attachant aux wagons des chemins de fer des disques de métal représentant certains signaux a été si bien mise au point que ces prévisions sont attendues aussi impatiemment des cultivateurs (...) que le sont les bulletins météorologiques (...) des villes et des milieux citadins. »

À une époque où la navigation, l'agriculture, voire toute activité extérieure dépendaient beaucoup plus du temps qu'aujourd'hui, de tels services étaient très appréciés, et les Postes recevaient souvent des demandes de transmission des bulletins météorologiques pour des occasions bien précises. À ce propos, MM. les frères Sylvester de Toronto écrivaient :

« Nous saisissons l'occasion de vous remercier des renseignements précieux que vous avez si souvent et si aimablement transmis, tant par téléphone que dans les journaux, sur les conditions atmosphériques et plus particulièrement au sujet des tempêtes imminentes. Nous savons qu'il y a un grand nombre de vaisseaux et de bateaux à vapeur qui sont restés au port pendant les tempêtes (...) et qu'ainsi beaucoup de souffrances ont été évitées et de nombreuses vies ainsi que de nombreux biens ont sans doute été épargnés. »

Dans la suite, le Service de météorologie du ministère de la Marine et des Pêcheries prit en main les services sismologiques du Dominion et, en 1887, installa un sismographe à l'observatoire de Toronto, le premier sur le continent américain. Le besoin de prévisions météorologiques ne cessant de s'accroître, il devint de plus en plus difficile de fournir des renseignements obtenus à l'aide du sismographe, de la boussole ou de la boule horaire, renseignements qui ne se rattachaient pas directement aux bulletins météorologiques. À la création du ministère des Transports en 1936, la responsabilité de ces services est passée aux mains de l'Observatoire du Dominion à Ottawa qui, depuis son établissement en 1905, avait accompli un sérieux travail de base dans le même domaine.

Du même coup, l'avènement du transport aérien a créé au sein du ministère un besoin urgent de services météorologiques, et la responsabilité des prévisions atmosphériques est passée de la Marine aux Services de l'air.