Bien que l'époque des lampes à pétrole et les lentilles optiques ait apporté une grande amélioration, l'emploi des lampes à vapeur de mercure supposait une source lumineuse étendue, avec la perte de netteté et d'éclat qui devait en résulter. Il était possible de faire produire à une petite flamme un feu de la densité requise, en dessous d'une certaine dimension. L'avènement de la lampe à filament électrique, dont on commença à faire usage dans les phares avant la première guerre mondiale, améliora beaucoup les choses et avec les lentilles dioptriques avec ou sans réflecteurs, un feu de haute densité fut produit à partir de sources plus petites qu'il n'était possible de le faire avec les lampes à vapeur de mercure. Des générateurs à diesel furent installés afin d'alimenter les phares en énergie électrique, et les avantages de la vie moderne, que les Canadiens du continent jugeaient entièrement naturelles, devinrent progressivement le privilège des gardiens de phare et de leurs familles.

Le phare du haut-fond Prince, établi dans le golfe Saint-Laurent en 1963.
La production des lentilles optiques polies à la main, assez étrangères à l'Amérique du Nord, est une affaire coûteuse; l'introduction des lentilles en plastique qui date d'environ 1960 a beaucoup élargi les sources d'approvisionnement pour les phares et a entraîné une diminution des dépenses. L'emploi des lentilles acryliques, dont les qualités optiques sont supérieures à celles du verre, a réduit la dimension de la source lumineuse et amélioré la qualité du feu. Cette tendance s'est fortement accélérée à la suite de l'introduction des lampes et tubes au xénon. Le xénon est un gaz inerte qui, lorsqu'il est présent comme agent d'une décharge électrique, émet une lumière blanche brillante, dont la qualité égale presque celle de la lumière du jour. Le tube au xénon, autre invention moderne, produit une source lumineuse de très haute fréquence, de l'ordre de cent éclairs par seconde; étant donné que l'oeil ne peut absorber un éclair de cette fréquence, mais ne détecte qu'une lueur tremblotante extrêmement rapide et brillante, le tube au xénon émet une lumière d'un genre particulier qui convient éminemment aux amers. Non seulement cela permet-il de réaliser des économies de poids, d'espace et de temps, mais le fonctionnement automatique de ces feux, éliminant le besoin d'une main-d'oeuvre permanente, rend désormais possible l'organisation systématique du travail d'entretien.

Un hélicoptère du type S-61, de la Garde côtière canadienne approvisionne la station de Triple Island, près de Prince Rupert, (C.-B.). Quand l'hélicoptère à deux turbo-moteurs atterrit sur la plate-forme, le personnel de relève et les approvisionnements seront transférés de la plate-forme au phare par câble aérien. Un arrangement semblable relie la tour au quai.
Dans le cas des bouées, où le feu est soumis au mouvement constant des vagues, l'utilisation d'un faisceau étroit n'est pas sans présenter certains inconvénients. C'est pour cette raison, et aussi à cause de la facilité d'entretien qu'il présente, qu'on utilise toujours au large la bouée à acétylène où la largeur du faisceau présente précisément un intérêt considérable. Quant à la bouée à accumulateurs électriques, à lumière à haute densité et changeur incorporé, elle convient particulièrement aux eaux intérieures. Le changeur, en effet, rejette automatiquement les ampoules défectueuses.
L'utilisation du radiophare s'est maintenant généralisée au point où ces appareils protègent actuellement la meilleure partie de nos eaux. Leur fonctionnement étant automatique ils conviennent éminemment aux endroits isolés. Sur la route de la baie d'Hudson, par exemple, là même où Gordon s'inquiétait de la rareté des amers ou de la déviation du compas, on se dirige maintenant par radiophares. Ceux-ci, visités seulement une fois l'an aux fins de révision, rendent d'excellents services pendant la campagne de navigation.
Ajoutons que le réseau de radiophare est doublé depuis 1962 par la chaîne Decca, administrée depuis 1964 par le ministère. Il s'agit ici d'un indicateur de position couvrant le littoral atlantique et le golfe Saint-Laurent. Il en existe quatre chaînes, en Nouvelle-Écosse, le détroit de Cabot, Terre-Neuve et Anticosti. Les bâtiments naviguant dans ces eaux bénéficient de renseignements d'une grande précision. D'autre part, il existe un système dit Loran, à longue portée, assurant un service analogue aux navires de haute mer. Ces stations sont entretenues par la Garde côtière des États-Unis, aux termes d'un second international, avec le concours d'un personnel canadien. Il intéresse à la fois la côte du Pacifique et celle de l'Atlantique.