Pêches et Océans Canada, Garde Côtière Canadienne | Fisheries and Oceans Canada, Canadian Coast Guard
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USQUE AD MARE
Historique de la Garde côtière canadienne et des Services de la Marine
par Thomas E. Appleton

Gaz d'éclairage

Au cours des années qui ont suivi la présentation du rapport de Trinity House, le Canada commença à étendre davantage les aides à la navigation. L'utilisation heureuse de l'huile minérale et du dispositif catoptrique dans les lanternes mettaient nos principaux phares sur un pied d'égalité avec tous ceux qu'on pouvait trouver ailleurs, mais ce procédé ne valait pas pour les bouées, de plus en plus nombreuses qui, de bois qu'elles étaient autrefois étaient maintenant faites de fer ou d'aciers et devaient porter des feux pour baliser nos longs et tortueux chenaux maritimes.

Les brûleurs à gaz offraient la meilleure solution dans le cas de bouées. Dès le début du dix-neuvième siècle, on se servait du gaz à bien des fins, tandis que les becs à gaz de houille, aujourd'hui symbole romantique des jours d'antan, se retrouvaient un peu partout le long des rues des grandes villes. Dans certains pays, on se servait du gaz de ville pour les lanternes de phares, mais au Canada, les phares se trouvaient trop loin de la ligne de distribution urbaine. L'invention du manchon de bec à gaz à incandescence Welsbach toutefois permis aux ingénieurs d'utiliser l'huile minérale vaporisée dans les phares situés sur le rivage, source d'éclairage de premier ordre produisant une lumière et une compacité très intenses. Dans ce procédé, le pétrole liquide allumage, le brûleur était chauffé à la bonne température à l'aide d'une lampe à alcool. La deuxième phase à franchir pour l'emploi d'un éclairant gazeux était de trouver un moyen d'emmagasiner le pétrole sous forme gazeuse.

Photo: CGS Scout

CGS Scout

Construit à Cardinal, Ont. pour le ministère des Chemins de fer et Canaux, le Scout fut employé comme ravitailleur de bouées à gaz sur le Saint-Laurent, entre Montréal et Kingston. En 1906, le capitaine W. H. Allison et trois membres de l'équipage furent tués par l'explosion de bouées à gaz acétylène, situées sur son pont, à Kingston. Le Scout fut réparé et dura jusqu'à 1934.
(Earl D. Simzer, Prescott)

En 1870, apparut le système à gaz Pintsch accepté partout dans le monde pour l'allumage des bouées et les phares sans gardien. Ce gaz de pétrole était expédié dans des citernes sous pression à l'aide desquelles on remplissait les réservoirs d'emmagasinage attenants aux phares. Le gaz était emmagasiné sous des pressions de 9 à 10 atmosphères, mais le système, bien que propre et efficace, présentait certaines difficultés d'application, spécialement sur la voie allant de Montréal à Kingston qui s'était beaucoup améliorée avec l'installation de plusieurs bouées lumineuses. Le transport du gaz Pintsch présentait certaines difficultés. Il s'agissait donc de trouver un gaz qu'on pourrait emmagasiner à haute pression et de réduire proportionnellement la dimension des réservoirs, ou encore un gaz qui pourrait être produit proprement dans un baliseur ou dans la bouée elle-même. C'était l'acétylène qui se prêtait le mieux à l'expérience. Il était en effet possible d'en comprimer davantage dans une bouée qu'on ne pouvait le faire avec l'huile de gaz.

En 1902, des expériences furent conduites à bord du CGS Scout, où une génératrice de gaz acétylène avait installée. Malheureusement, le risque d'explosion, toujours possible dans le maniement des hydrocarbures volatiles, devint une tragique réalité en avril 1906, au moment où le Scout, amarré à un quai à Kingston, s'apprêtait à embarquer trois bouées placées sur le quai. Sans qu'on puisse s'en douter, une des bouées, qui était sous pression d'environ 12 atmosphères, explosa soudainement. L'explosion contre-mina les deuxième et troisième bouées et, avant qu'ils ne puissent s'échapper, le Capitaine W. H. Allison et trois membres de l'équipage furent tués par la détonation qui démolit la superstructure du navire. L'enquête relative à l'explosion concluait à une défectuosité dans la construction des bouées en question; on avait relevé des faibles après la conversation d'un type ancien de bouée. Cet incident mit en évidence les dangers dont on ne se doutait pas jusque-là, mais que comportait vraiment un système alors jugé satisfaisant en principe.

En 1904, M. Thomas L. Willson, président de l'International Marine Signal Company d'Ottawa, inventa une bouée employant un principe auto-générateur de gaz, produit de l'action de carbure et d'eau. À la différence, les bouées Willson était un dispositif à basse pression qui pouvait contenir jusqu'à une tonne et demie de carbure de calcium, producteur de vastes volumes de gaz. Cette invention de Thomas L. Willson fut la base du premier procédé commercial de la production du gaz acétylène. Bien qu'il soit à peu près oublié de nos jours, il fut créateur de plusieurs idées et se distingua dans le domaine industriel. En 1906, il fut le premier récipiendaire du prix McCharles accordé par l'Université de Toronto, en reconnaissance de ses talents. Le rendement de la bouée Willson dépassait celui de toutes les bouées jusqu'alors en usage.

Le Canada expérimenta deux types de bouées à acétylène et fit une large utilisation de la bouée à compression qui élimina pratiquement les bouées à gaz Pintsch. Mais le risque d'incendie ou d'explosion demeurait pour ainsi dire toujours présent et, dans le cours des choses, les anciens types de bouées cédèrent le pas à la bouée à gaz dont on se sert à l'heure actuelle et qui renferme deux cylindres transportables d'acétylène dissout. La bouée à gaz moderne est facile à recharger; elle est d'un fonctionnement sûr et peut durer un an ou plus.

À la belle époque de l'acétylène gazeux, la production du gaz était un commerce important pour les maisons s'échelonnant de Halifax à Parry Sound et un chaland spécial, muni d'un mât de charge pour le gaz et qu'on avait baptisé à juste titre Acetylene eût son port d'attache à Prescott.