ARCHIVÉ - USQUE AD MARE
Historique de la Garde côtière canadienne et des Services de la Marine
par Thomas E. Appleton

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L'Alert

L'Alert, dont Gordon s'était servi lors de ses expéditions de 1885 et 1886 à la Baie d'Hudson, resta au ministère de la Marine et des Pêcheries qui le fit servir au ravitaillement des phares jusqu'à sa vente en 1895. Passant successivement sous pavillon anglais, américain et canadien, il allait connaître dans tous les cas une carrière exceptionnelle.

Photo: Le HMS Alert pris dans les glaces, lat.81 degré 48' N, 1876

Le HMS Alert pris dans les glaces, lat.81 degré 48' N, 1876.

Le seizième bâtiment de la Royal Navy à porter ce nom, l'Alert fut construit aux chantiers de Pembroke en 1856, année mémorable dans l'histoire de la construction navale. Comme on y construisait pas autre chose que des coques, celle de l'Alert fut remorquée jusqu'à la base navale de Chatham spécialisée alors dans l'application de la vapeur aux navires de guerre en bois. Il faisait partie d'une série d'avisos à hélice « de premier ordre » conçu par l'ingénieur en chef des constructions navales, Isaac Watts. Mais il n'avait pas sitôt pris la mer qu'il devenait désuet. Il comportait une coque en bois, doublé de cuivre, un gréement complet et une machine horizontale à faible puissance, placée au fond du navire, dans un endroit d'ailleurs fort incommode et destinée à lui permettre de manoeuvrer dans le port. Il était armé de dix sept pièces de trente-deux livres à canon lisse, huit de chaque bord, plus une pièce de chasse montée sur affût coulissant. L'équipage comptait 175 officiers et marins. Sous sa forme primitive, il ne présentait aucune qualité propre à le recommander particulièrement à notre service maritime, mais il devait se passer bien des choses avant qu'il n'aille terminer sa vie à manoeuvrer péniblement le long du Labrador et dans le golfe Saint-Laurent.

En 1874, l'Alert fut transformé pour servir à l'exploration polaire. La machine primitive fut enlevée et remplacée par des machines compounds Hawthorn; les chaudières améliorées pour conduire 60 livres de vapeur par pouce carré; et l'artillerie remplacée par une batterie symbolique comptant quatre pièces Armstrong se chargeant par la culasse. La coque fut renforcée de fer recouvert de carton bitumé, le tout revêtu de teck au-dessus de la ligne de flottaison et d'orme du Canada et de pitchpin sous la calaison. Appesanti de la sorte, l'Alert n'était pas tout à fait un cheval de course. Au mois de mai 1875, sous le commandement du capitaine George Nares, le commander A. H. Markham, commandant en second, l'Alert fit voile vers l'Atlantique en compagnie du Discovery.

Il allait atteindre le 82e degré de latitude nord, exploit remarquable. Markham lui-même, d'autre part, parvenait à conduire une expédition en traîneau jusqu'au 83e degré 20 minutes 26 secondes de latitude nord. Jamais jusque là n'était-on arrivé aussi près du pôle. Cette expédition avait mis à rude épreuve à la fois la résistance physique des hommes et les qualités de leur chef. Atteints par le scorbut, les explorateurs purent s'estimer heureux de rallier leur navire en ayant perdu qu'un seul homme. À leur retour Nares fut fait chevalier et Markham passa capitaine de vaisseau.

Plus tard l'Alert alla faire des travaux d'hydrographie dans le Pacifique, visita Esquimalt et servit au relevé des eaux australiennes et canadiennes avant d'être désarmé à Chatham en 1882. Or, il se trouva que cette année-là A. H. Greely de l'Armée américaine put conduire une expédition polaire quatre milles plus loin vers le Nord que Markham, avant d'avoir à rebrousser chemin devant les obstacles. Deux expéditions de secours lancées pour le secourir ayant échoué, l'Alert fut offert à la Marine américaine en 1884 afin de participer à une troisième tentative. Sous le commandement du capitaine George W. Coffin, de la Marine américaine, l'Alert allait utilement servir à l'installation de dépôts de vivres destinée à une expédition ultérieure. Celle-ci, dirigée par le capitaine W. S. Schley réussit enfin à ramener Greely et sept rescapés.

Il apparut alors que l'Alert présentait toutes les qualités jugées nécessaires pour procéder au relevé des eaux de la Baie d'Hudson pour le compte du gouvernement du Canada. Il gagna donc la base navale d'Halifax, où, en mai 1885, il passait de la Marine à l'agent maritime du ministère. Gordon a donné plus tard de son bâtiment la description suivante :

« L'Alert était un vapeur à hélice, gréé en trois-mâts barque, d'environ 700 tonneaux de jauge brute (...) conçu pour résister à de fortes pressions des glaces. Sa machine n'ayant guère qu'une puissance de 50 chevaux, l'hélice est petite (...) de sorte qu'à tous les points de vue l'Alert semblait convenir parfaitement aux exigences de l'expédition. »

Photo: CGS Canada

Le CGS Canada

On voit ici, en armement, ce croiseur de la Marine et des Pêcheries (1904). Il est amarré bord à bord au Sentinel, croiseur léger qui vient d'être lancé. Le poste intérieur est occupé par le cuirassé H.M.S. Dominion, à qui il ne manque guère que ses tourterelles et ses canons. C'est une scène qui donne une bonne idée de l'importance de la course aux armements navals qui commençait alors à battre son plein.
(Ministère de la Défense nationale)

La machine Hawthorn, de toute évidence, avait sensiblement amélioré la situation.

« ... les machines compound ayant un condenseur à surface et, à pleine vitesse, pouvant donner 120 tours-minute, dans une eau tranquille, et par un temps calme le bateau peut atteindre une vitesse d'environ huit noeuds et demi. Quand on employait la meilleure qualité de charbon ordinaire du pays de Galles et que le bateau filait à toute vitesse, le consommation de charbon n'atteignait pas tout à fait les six tonnes par jour. Mais à vitesse normale, et quand la détente était en jeu, le bateau pouvait filer six noeuds avec une consommation moyenne d'environ quatre tonnes par jour. Et quand il avançait lentement au milieu des glaces molles, n'employant qu'une chaudière, il pouvait atteindre quatre noeuds à deux tonnes par jour. »

Les vieux jours d'un équipage de 175 hommes étaient à jamais révolus et pour accomplir le travail de la Baie d'Hudson l'Alert était équipé d'un capitaine, de deux officiers, deux officiers-mécaniciens, un charpentier, deux maîtres d'équipage, douze matelots, six mécaniciens et un lampiste. Pour les fins précises de l'expédition il avait en outre à son bord un médecin, cinq savants et douze observateurs pour les postes du littoral.

En novembre 1894, ayant servi le ministère pendant neuf ans, il fut jugé désormais inapte au service et mis en vente. Depuis 1886, année où avait été ouverte la route de la Baie d'Hudson, il avait servi au ravitaillement des phares ou à l'entretien des bouées, d'abord en Nouvelle-Écosse puis, plus tard, --- sa coque de bois commençant à s'abîmer, --- dans la partie du fleuve qui s'étend du Québec au Golfe. On choisit pour cela de le dépouiller de ce qui faisait autrefois son orgueil. Les bouts de mâts et les vergues disparurent. Ainsi transformé, avec ses mâts tronqués et une timonerie bizarre il n'était plus qu'un vapeur à faible puissance. N'ayant jamais été acheté à l'Amirauté, mais simplement emprunté, il fallut songer à rembourser celle-ci après avoir été vendu aux enchères et envoyé à la casse. C'est ainsi qu'on envoya à l'Amirauté un bon pour...

Photo: Le CGS Alert en bâliseur (1893)

Le CGS Alert en baliseur (1893)

« ... 814 livres deux shillings et sept pence sterling transmis par la voie ordinaire et porté au crédit de la Marine impériale. »

À ce propos un correspondant en Angleterre pouvait écrire :

« ... cette somme apparaissant aux comptes de l'exercice 1895-1896, on doit en conclure que le produit de la vente de l'Alert n'a fait l'objet d'aucun détournement... »

À tout prendre, l'Alert avait bien valu le prix qu'on l'avait payé.

Photo: CGS Quandra

Le CGS Quadra attend le gouverneur général et sa suite pour un voyage officiel à Skagway, qui durera du 4 août au 6 septembre 1900. Le navire est pavoisé, le drapeau national flottant à la tête des deux mâts : le pavillon du gouverneur général sera hissé au mât principal lorsque le gouverneur montera à bord. La nuit, des lumières électriques découpaient la silhouette de navire. On peut voir sur le pont, juste à l'arrière de la superstructure du milieu du navire, une coquerie spéciale qui avait été équipée pour permettre la préparation des repas du groupe vice-royal. Le canot à vapeur, sous les bossoirs de tribord, était l'équipement normal à l'époque.
(Archives de la Colombie-Britannique)